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Pourquoi j’ai eu envie de créer Copains
Copains est né d’un constat assez personnel. Avec les années, je me suis aperçu que rencontrer du monde et rencontrer des personnes avec lesquelles on se sent vraiment bien sont deux choses très différentes. Et qu’entre hommes gays, il existe parfois une forme de complicité que je retrouve difficilement ailleurs.
Je n’ai jamais eu une vie sociale débordante.
Je vis pourtant depuis une dizaine d’années avec mon compagnon, qui est récemment devenu mon mari. Nous formons un couple heureux et épanoui, et cette relation occupe évidemment une place essentielle dans ma vie.
Mais vivre heureux à deux ne répond pas à tous les besoins de relation avec les autres. Un compagnon, même lorsqu’il est aussi celui avec lequel on partage énormément de choses, ne remplace pas des amis. Et je crois même qu’il est assez sain qu’un couple ne constitue pas à lui seul tout l’univers social de ceux qui le composent.
Il y a bien sûr la famille, des connaissances, des amis, des couples que l’on voit de temps en temps, des repas, des invitations, des occasions de passer un moment ensemble. Tout cela fait partie de la vie et certaines de ces relations comptent réellement pour moi.
Mais je dois aussi reconnaître quelque chose : dans une partie de cette vie sociale assez conventionnelle, je m’ennuie parfois.
Ce n’est pas nécessairement que les personnes soient inintéressantes. C’est plus difficile à expliquer que cela. Il me manque parfois une forme de liberté, de connivence, une manière de parler des choses ou simplement d’être ensemble.
Et avec le temps, j’ai compris que je retrouvais plus facilement cette sensation avec certains hommes gays.
Pas avec tous, évidemment. Être gay ne suffit pas à créer une affinité. Mais lorsque l’affinité existe déjà, le fait de partager cette expérience ajoute parfois quelque chose de particulier.
Comme un monde parallèle
J’ai parfois l’impression qu’être gay, surtout pour les générations qui ont dû progressivement apprendre à l’assumer, c’est avoir vécu une partie de sa vie dans une sorte de monde parallèle.
Nous avons grandi dans les mêmes villes que tout le monde. Nous sommes allés dans les mêmes écoles, avons travaillé dans les mêmes entreprises, regardé les mêmes émissions, écouté les mêmes musiques et traversé les mêmes époques.
Et pourtant, parallèlement, il y avait autre chose.
Il y a eu le moment où l’on a compris que l’on était différent. Les questions que l’on s’est posées. La manière dont chacun a découvert son homosexualité. Le moment où l’on a commencé à l’accepter, puis éventuellement à la vivre ouvertement.
Il y a aussi cette habitude que beaucoup ont connue : observer son environnement avant de savoir ce que l’on pouvait dire de soi. Comprendre à qui on pouvait parler librement. Découvrir progressivement d’autres gays, d’autres lieux, d’autres références, d’autres façons de vivre.
Chacun l’a vécu différemment. Certains très facilement, d’autres beaucoup moins. Les générations elles-mêmes ont connu des réalités très différentes.
Mais il reste parfois quelque chose de cette expérience commune.
Ne plus avoir à traduire une partie de soi
C’est probablement ce que j’apprécie le plus lorsque je me retrouve avec des hommes gays qui assument simplement ce qu’ils sont.
Il y a des choses qu’on n’a plus besoin d’expliquer.
On peut parler naturellement de son couple comme n’importe qui parlerait du sien. Raconter une anecdote sans se demander auparavant s’il faut préciser qui est qui. Évoquer une expérience passée, une rencontre, le vieillissement, le désir ou mille autres choses sans avoir l’impression de devoir fournir le mode d’emploi.
Mais surtout, on peut parfaitement ne pas parler d’homosexualité.
C’est peut-être même là le paradoxe.
Quand on est bien entre gays, être gay cesse justement d’être un sujet. On peut parler cinéma, politique, voyages, voitures, musique, cuisine, boulot, littérature, jardinage ou raconter n’importe quelle bêtise.
Cette partie de nous est simplement là, admise, comprise.
On n’a plus à traduire une partie de soi.
Et je trouve cela reposant.
Cela ne veut pas dire que je préfère les gays aux hétéros
Ce serait faux et assez caricatural.
Je peux rencontrer un homme hétéro avec lequel la conversation sera passionnante et un homme gay avec lequel je n’aurai absolument rien à partager.
L’homosexualité ne crée ni l’intelligence, ni la curiosité, ni l’humour, ni la gentillesse. Elle ne garantit certainement pas l’amitié.
C’est justement pour cela que je ne cherche pas simplement à « rencontrer des gays ».
Ce qui m’intéresse, ce sont les affinités.
J’aime les gens curieux. Ceux qui ont des choses à raconter mais qui savent aussi écouter. Ceux qui s’intéressent à autre chose qu’à eux-mêmes. Les personnes avec lesquelles une conversation peut partir dans une direction inattendue, qui peuvent nous faire découvrir quelque chose et qui ont elles-mêmes envie de découvrir les autres.
Et lorsque cette affinité existe entre deux hommes gays, il peut s’y ajouter cette complicité particulière dont je parlais plus haut.
C’est cette combinaison que je trouve intéressante.
Je ne cherche pas à remplir mon agenda
C’est également important pour comprendre l’idée de Copains.
Mon objectif n’est absolument pas d’avoir une vie sociale frénétique.
Je suis heureux dans mon couple et je ne cherche évidemment pas dans Copains quelque chose qui manquerait à ma relation avec mon mari. Je cherche autre chose : l’amitié.
Cette distinction est importante pour moi. L’amour, la vie de couple et l’amitié ne sont pas interchangeables. Ils peuvent au contraire se compléter et donner à chacun un espace différent dans une vie.
Je n’ai pas envie de multiplier les soirées, d’accumuler les connaissances ou de rejoindre un groupe dans lequel vingt personnes différentes se retrouvent chaque semaine.
Je ne cherche pas cinquante nouveaux contacts.
J’aimerais simplement avoir quelques vrais copains gays près de chez moi.
Des personnes que l’on apprend progressivement à connaître.
Des gars avec lesquels on a suffisamment de choses à partager pour avoir envie de se revoir. Avec lesquels on peut dîner chez les uns ou les autres, aller voir un film, faire une balade, découvrir un endroit ou simplement passer une soirée à discuter.
Et surtout des personnes vivant suffisamment près pour que ces moments puissent devenir naturels.
Parce que l’amitié a besoin d’une chose assez banale, mais essentielle : du temps passé ensemble.
Rencontrer n’est finalement pas le plus difficile
Aujourd’hui, il existe quantité de moyens de rencontrer d’autres gays.
Les applications en sont évidemment un. Il existe aussi des associations, des réseaux sociaux, des bars, des soirées, des groupes et toutes sortes de communautés.
Mais beaucoup de ces dispositifs sont conçus pour faire rencontrer des gens.
Or je me suis progressivement demandé si le véritable problème n’était pas ailleurs.
On peut passer une excellente soirée avec quelqu’un et ne jamais le revoir.
On peut avoir des dizaines de contacts dans son téléphone et n’appeler presque personne.
On peut discuter pendant des semaines avec quelqu’un sur une application sans jamais construire une relation réelle.
Une amitié demande autre chose.
Il faut se revoir.
Puis se revoir encore.
Découvrir l’autre dans des situations différentes. Commencer à connaître ses histoires. Comprendre son humour. Partager des souvenirs. Un jour, envoyer un message sans raison particulière. Une autre fois, proposer spontanément de dîner.
Et progressivement, sans qu’on sache exactement à quel moment cela s’est produit, quelqu’un que l’on avait « rencontré » devient quelqu’un que l’on appelle un copain.
C’est de là qu’est née l’idée de Copains
Je me suis donc posé une question assez simple :
« Et si d’autres hommes gays autour de Lorient ressentaient plus ou moins la même chose ? »
Pas nécessairement pour les mêmes raisons que moi.
Quelqu’un vient peut-être d’arriver dans la région et ne connaît presque personne.
Un autre a beaucoup de connaissances mais peu d’amis vraiment proches.
Un autre encore est en couple depuis longtemps et aimerait simplement élargir un peu son cercle.
Certains sont peut-être réservés et ne se sentent pas très à l’aise dans les grandes soirées ou sur les applications.
Et puis il y a ceux qui constatent simplement qu’avec les années leur cercle s’est réduit.
Nos histoires peuvent être très différentes et pourtant aboutir à la même envie :
rencontrer quelques personnes avec lesquelles on aura vraiment plaisir à passer du temps.
C’est cela que j’aimerais essayer avec Copains.
Un petit cercle, pas une communauté de plus
Je ne sais pas encore exactement ce que Copains deviendra, et je trouve finalement assez sain de ne pas le savoir.
Je n’ai pas envie d’en faire une grosse communauté.
Je préfère imaginer un petit cercle d’hommes gays, d’âges et de parcours différents, vivant autour de Lorient et suffisamment proches pour pouvoir réellement se voir.
Il faut évidemment un minimum de curiosité et d’ouverture aux autres. Il faut avoir envie de discuter, de découvrir les personnes derrière les profils et de faire une place à de nouvelles relations.
Mais ensuite, personne ne peut prévoir ce qui se passera.
Certains se rencontreront et n’auront pas spécialement envie de se revoir.
D’autres découvriront des affinités auxquelles ils ne s’attendaient pas.
Peut-être que certains deviendront vraiment amis.
Et c’est très bien ainsi.
Parce que je ne crois pas qu’on puisse organiser l’amitié comme on organise une activité.
Donner une chance à l’amitié
C’est finalement toute l’idée de Copains.
Créer les premières occasions.
Permettre à quelques gars de faire connaissance sans logique de séduction, sans avoir à choisir quelqu’un sur une photo et sans devoir correspondre à un modèle particulier.
Puis, lorsqu’on a plaisir à être ensemble, se revoir.
Après, ce n’est plus vraiment à Copains de décider.
Ce sont les conversations, les moments partagés, les personnalités et le temps qui feront — ou non — le reste.
Je ne sais pas encore qui je rencontrerai grâce à cette idée.
Mais je sais pourquoi j’ai eu envie de l’essayer.
On ne peut pas fabriquer l’amitié. On peut simplement lui donner une chance d’arriver.
Découvrir Copains
Si tu t’es reconnu dans une partie de ce récit, le projet Copains est peut-être aussi une idée qui peut te parler.
L’idée reste volontairement simple : quelques hommes gays autour de Lorient, des rencontres sans logique de séduction, puis l’envie de se revoir si le courant passe.
Découvrir le projetPas juste se rencontrer. Se revoir.